Pour Philippe Maitrot, Synchro 9 sera « une discipline différente, oui, mais pour le bien du patinage synchronisé »

Avec l’annonce officielle du format Synchro 9, l’International Skating Union (ISU) engage le patinage synchronisé dans une phase de transformation structurante. Réduction du nombre d’athlètes, évolution du système de jugement et réflexion sur de nouveaux formats de compétition : Philippe Maitrot détaille les choix opérés et les étapes à venir dans la perspective d’une reconnaissance olympique.

Ville Vairinen - 2026
Qu’est-ce qui a motivé le choix d’un format à 9 athlètes (et pas 12) ?

Philippe Maitrot - ISU : Le nombre de 12 était toujours trop important et le CIO n’aurait jamais donné son accord. Nous avons donc réfléchi au nombre minimum d’athlètes qui pourrait faciliter notre entrée aux Jeux. Nous avons retenu neuf : avec ce nombre, nous conservons plus de configurations qu’à huit. Même si le nombre est impair, il nous faut continuer à créer et à nous adapter.

Que répondez-vous aux personnes qui s’enthousiasment de cette avancée vers les Jeux Olympiques mais qui regrettent que le sport doive autant évoluer, voire être « dénaturé » ?

La plupart des sports s’adaptent aux demandes du CIO. Nous faisons la même chose.

Pour le moment, le patinage synchronisé, qui n’est pas olympique, manque de visibilité et de sponsors, et la plupart des fédérations n’ont pas les moyens de participer à grande échelle — comme en patinage artistique ou en danse — aux déplacements des équipes en compétitions internationales et au développement de la discipline, ne recevant d’argent de nulle part.

Entrer dans le monde de l’olympisme va permettre aux fédérations de recevoir des financements des collectivités locales, des gouvernements, des comités olympiques nationaux, etc. Le sport sera désormais connu du grand public. Étant un sport d’équipe, il sera apprécié des médias et du public, et je parie que les sponsors suivront.
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Nos athlètes seront désormais reconnus. De nouvelles nations feront leur apparition. Ainsi, lors de l’annonce de la participation du patinage synchronisé aux YOG, la Chine nous a demandé les règlements pour leur préparation.

Nous ne cherchons pas à faire disparaître le synchro à 16 ou à 12, nous nous adaptons.

L’entrée du patinage synchronisé dans la sphère olympique est la meilleure chose qui puisse arriver à la discipline.

Le rugby est entré aux Jeux avec un nombre différent d’athlètes entre le rugby à 15 et le rugby à 7. Tout le monde dit que le sport est différent, et cela est sûrement vrai. Pour nous, c’est la même chose.
Quelles sont les équipes de démonstration prévues à Prague et à Salzbourg en 2026 ?

Trois équipes ont commencé à travailler sur le nouveau concept de programme, qui sera présenté en démonstration lors de ces deux championnats.
  • Ă€ Prague : une Ă©quipe, la Finlande.
  • Ă€ Salzbourg : trois Ă©quipes, le Canada, la Finlande et les États-Unis.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les évolutions prévues du système de jugement ?

Les conditions posées par le CIO étaient une réduction du nombre d’athlètes et un système de jugement simplifié, plus proche du public. Nous travaillons actuellement sur ce point. Vous découvrirez prochainement ce nouveau système.
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Pouvez-vous nous en dire plus également sur le “battle format” ? Comment cela va-t-il se passer ? Y aura-t-il toujours deux programmes ?

Nous n’avons pas encore pris de décisions finales, mais oui, le projet de battle format est étudié avec le nouveau système. Le nombre de programmes et leur durée vont sûrement changer, en raison du nouveau format.

Quels sont les grands jalons Ă  venir ? 

Après les Championnats du Monde de cette saison, le nouveau format de compétition et les contenus des différents programmes seront présentés aux fédérations, ainsi que le recrutement et la formation des juges pour cette nouvelle discipline. Tout cela s’inscrit dans le cadre de la vision ISU 2030.

Le début de la saison prochaine sera très important : le nouveau système de jugement sera testé, puis utilisé lors de compétitions internationales, afin d’arriver prêts aux Championnats du Monde Juniors de Nottingham 2027, qui pourront être qualificatifs pour les YOG 2028.
Et personnellement, qu’en pensez-vous ?

Personnellement, sans le soutien de notre président Kim Jae Youl et de notre directeur général Colin Smith, je ne pense pas que notre entrée aux YOG aurait été possible. C’est une première étape, mais décisive.

Une discipline différente, oui, mais pour le bien de la discipline, pour les coachs et leurs athlètes. Nous travaillons désormais pour l’avenir du patinage synchronisé, son renouveau, et c’est assez grisant.
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